Contourner l’autorité de la Parole de Dieu?

Pascal COLLET
22 juin 2015

Contourner l’autorité de la Parole de Dieu?

Nous lisons un texte qui se trouve dans la première épître au Thessaloniciens, au chapitre deux, le verset 13. Ce texte établit donc que dès le commencement, les Thessaloniciens ont reconnu l’autorité de la Parole de Dieu dans leur vie. À l’opposé de ce témoignage, lisons un autre texte qui se trouve dans l’Évangile selon Matthieu, au chapitre 15, les versets un à neuf ;et j’ajoute dans le texte parallèle de Marc cette parole de Jésus précisant bien que ce qui vient annuler la Parole de Dieu a été établi par des hommes («…votre tradition, que vous avez établie… »; 7/13).

Cette loi dite du corban permettait de se dérober  à ses devoirs familiaux, sous des prétextes « spirituels » :  il suffisait de consacrer à Dieu l’argent qui aurait pu servir à aider son prochain  et « le tour était joué » ! Qui plus est, ces biens déclarés consacrés, le propriétaire pouvait les utiliser pour lui-même ! Quelle habileté, contre l’autorité de la Parole de Dieu ! Nous pensons que la Parole de Dieu est normative et c’est à cela que se réfère l’expression : l’autorité de la Parole de Dieu. Dit autrement  : c’est comme cela que les choses doivent être faites.

Interrogeons ces croyants qui contournent la Parole de Dieu : demandons-leur d’abord s’ils croient à la valeur des écritures saintes. Leur réponse ne fait aucun doute : oui. Poursuivons en leur demandant s’ils croient aux commandements divins. Là encore, pas de doute à avoir : oui. Allons plus loin et demandons-leur s’ils croient à l’autorité des commandements divins. Je suis certain que nous aurions encore là une réponse positive. Et pourtant, Jésus leur dit qu’ils annulent  la Parole de Dieu. Comment peut-on annuler quelque chose que l’on professe être vrai ? Voilà le cœur tortueux de l’homme ! Jérémie disait déjà de la part de Dieu : « comme tu es habile dans tes voies pour chercher ce que tu aimes ! » ( Jér 2/33).

Un autre exemple de cette habileté : nous connaissons le texte de l’épître aux Hébreux, au chapitre 12 et au verset 14 : « recherchez la paix avec tous, et la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur ». Un pasteur expliquait ce texte dans sa deuxième partie en disant qu’il fallait comprendre que personne ne verrait le Seigneur dans les chrétiens. Nous avons ici une redoutable habileté : on vide le vrai sens du texte, reconnu depuis toujours par des hommes et des femmes pieux, par un argument vrai dans d’autres textes : Christ doit effectivement être vu dans ses disciples. Mais ici, avec cet argument, le texte est vidé de son message, et, même si le mot ne me convient pas tout à fait, vidé de sa « menace ». Le problème est le suivant : y a-t-il un salut présent et éternel sans sainteté ? Dans la pensée de Dieu, aucunement. La vie éternelle reçue par grâce va de pair avec la sainteté ( Rom 6/22). Mais quand cette union n’existe plus, le texte de l’épître aux hébreux devient un redoutable avertissement… que l’on peut contourner de façon aussi habile mais si fausse !

Ainsi peut-il en être de tous les textes «gênants ». Gênants, pourquoi ? Parce qu’ils sont trop absolus dans un temps de relativisme (Dieu dit : voici le chemin, marchez- y ; Il ne nous dit pas voici un chemin ) ; parce qu’ils touchent à une idole, à une affection dont nous ne voulons pas nous séparer ; parce qu’ils sont trop décalés par rapport à la culture ambiante occidentale. Je donne un exemple de cette dernière raison, en lisant avec vous le texte qui se trouve dans l’épître de Paul à Tite, au chapitre deux, les versets trois à cinq. Avez-vous remarqué comme notamment ce dernier verset apparaît décalé aujourd’hui ? Lu il y a 50 ans, à l’époque où notre société était encore marquée par son héritage judéo-chrétien, il ne posait pas de problème. Mais aujourd’hui, il est en complet décalage avec ce qui est considéré comme normal dans la société occidentale.

À ce compte-là, les textes bibliques sur la condition de l’être humain (tous ont péché), sur l’impudicité (incluant le fait de vivre ensemble en dehors des liens du mariage), sur le mariage, sur les tourments éternels, sur le rôle de la femme dans l’église de Jésus-Christ sont aussi gênants car en décalage avec les marqueurs de notre société.

Depuis longtemps, pour contourner ces textes gênants, on a fait dans le classique : par exemple, il a été affirmé que Paul était misogyne. Un texte comme 1 Timothée 2/12 était difficilement acceptable ! Que répondre à cela ? D’abord, l’accusation est-elle fondée ? Cette question est vraie pour Paul comme pour tout être humain. Le fait  peut-il être clairement établi ? Il il faudrait s’arrêter sur la vie de Paul, ou sur ses écrits. Lisons donc les écrits de Paul, et nous verrons qu’il n’y a aucune trace de misogynie dans cet homme de Dieu spirituel. Alors, l’exhortation de Paul était-elle liée à la culture de l’époque ? Or, à l’appui de cette défense, il faut lire les versets 13 et 14 qui nous ramènent à la source de l’exhortation, qui n’est pas à la culture de l’époque de Paul, mais ce qui s’est passé au jardin d’Éden. Et puis, il faut bien sûr placer la misogynie supposée de Paul en rapport avec l’inspiration des Écritures. Toute l’Écriture est-elle inspirée de Dieu ? Ce qui sous-entend que toutes les épîtres de Paul seraient inspirées de Dieu. Là est le nœud du problème. Croyons donc toujours que toute l’Écriture est divinement inspirée !

Et puis depuis quelques années, on fait dans le modernisme : un journaliste qui visitait une école de théologie où l’on donnait un cours d’implantation d’église a remarqué que le langage employé était identique à celui qui était employé dans les écoles de commerce. Ceci n’est pas un hasard malheureux !  C’est une évolution établie par des hommes,  même pour des raisons nobles puisqu’il s’agit du salut des âmes. « Serviteurs de Dieu », « pasteur », ces mots sont en train de devenir désuets :  nous avons maintenant ici ou là des « exécutive directors » de telle église, où de tel espace de spiritualité… Il est effectivement question maintenant comme dans les écoles de commerce, de stratégies, de produits, de clients à satisfaire… Il y a fort à craindre que tout ceci se fasse au détriment de l’autorité de la Parole de Dieu, dont bien des textes n’entreront  jamais dans une stratégie commerciale. C’est aux Corinthiens que Paul écrit qu’il ne falsifie pas la Parole de Dieu comme d’autres ( 2 Cor 2/17). Le mot employé ici était le mot employé pour décrire le vin qui avait été dilué avec de l’eau. Du vin dilué, c’est du vin dénaturé. Comme la Parole de Dieu !

Et puis, cette culture ambiante, représente quoi au juste ? Eh bien, et pour reprendre les expressions de l’apôtre Paul, elle est la manifestation aujourd’hui du siècle présent, ou encore du train de ce monde. N’est-il pas étonnant que la Parole de Dieu soit jugée, dénaturée et annulée en partant de l’esprit du monde ?

Quand tout sera venu à son terme nous verrons d’une façon absolument claire ce que nous sommes appelés à croire maintenant : Dieu a toujours raison. L’autorité de sa Parole n’est donc pas quelque chose de démodé : reposant sur son inspiration, elle assure l’action de Dieu dans la vie de ceux qui croient. Il est question des œuvres de Dieu, de l’agissement de Dieu, et non pas d’autres œuvres qui peuvent être produites par l’habileté humaine ou quelques stratégie.

Recevoir la Parole de Dieu pour ce qu’elle est véritablement, où l’annuler avec quelquefois une habileté redoutable : tel est le choix qui se présente à nous.