mon ennemi bien aimé !

Pascal COLLET
26 juin 2011

mon ennemi bien aimé !

Nous lisons dans la deuxième épître à Timothée, au chapitre quatre, les versets neuf à 16.

Nous avons là un homme emprisonné et quasiment seul puisque  accompagnié  du seul Luc. Sa solitude s’explique en partie par les besoins de l’oeuvre de Dieu : c’est ainsi que plusieurs collaborateurs de Paul,Crescens, Tite, Tychique ont été envoyés pour servir dans les églises. Mais la solitude de Paul s’explique aussi par l’abandon de Démas, l’opposition virulente d’Alexandre et l’absence des chrétiens lors de sa première comparution. Nous avons donc là une réelle souffrance, que nous pourrions appeler une souffrance relationnelle, et qui aurait pu déboucher sur des comportements que nous aurions trouvés justifiés pour n’importe quel homme : des idées noires, un retrait dans la foi (qui précède souvent un retrait de la foi) c’est-à-dire la mise en place d’un « service minimum » pour Dieu et l’église, la pitié de soi avec ses plaintes et ses murmures, l’orgueil (Paul était meilleur que les autres), et puis cette sorte de confession quant à notre attachement à « Jésus seul », confession vraie dans l’absolu mais fausse quand elle est  le fruit de la frustration ou de la colère que nous éprouvons à l’égard de notre prochain. Quels mots auraient pu être entendus ? Or nous lisons les mots de Paul dans cette situation, et nous ne trouvons rien de tout cela. Bien que la chose ne soit pas dite explicitement, nous pouvons nous convaincre que nous avons là le résultat de la vie du Saint Esprit dans l’apôtre ; c’est cette vie qui explique que l’apôtre fasse passer les besoins des églises avant les siens, et qu’il consente à se séparer de collaborateurs dont l’amitié et la présence lui auraient été précieuses. C’est cette vie qui explique aussi la manière d’aborder le cas d’Alexandre, avec une grande justesse, loin de l’amour tout sucre tout miel qui ne distingue plus rien, et aussi loin de toute vengeance. C’est cette vie du Saint Esprit qui explique aussi ce support paisible que nous discernons dans l’attitude de Paul.

Allons maintenant dans la première épître de Pierre au chapitre trois, les versets neuf à 12. Le début du verset neuf évoque la tempête qui se lève dans le coeur devant le mal ou l’injure que l’on nous fait. On peut s’efforcer de ne pas répondre de cette manière, mais on peut aussi, et c’est bien meilleur, laisser Christ triompher en nous. Paul faisait partie de ceux qui ne rendaient pas mal pour mal ou injure pour injure, mais il poursuivait la paix et la vivait  par le Saint Esprit. C’est vraiment précieux de vivre cette paix dans la souffrance relationnelle. Mais allons plus loin encore ! Et pour ce faire j’aimerais vous lire une lettre au titre un peu mystérieux puisqu’elle s’intitule : lettre à mon ennemi bien-aimé. Cette lettre a été écrite par un pasteur, et son inspiration est profonde. « En réalité, je ne vous compte pas au nombre de mes ennemis. Bien loin de là. La vérité, c’est que je n’ai pas de meilleur ami que vous. Vous qui avez menti à mon sujet et à propos de mon ministère, vous qui avait tenté de détruire la confiance que certains avaient en moi, vous qui avez fait circuler des rumeurs néfastes et fausses à propos de ma vie et de mes enseignements, sachez que vous êtes à l’origine d’une oeuvre de la grâce qui s’est accomplie dans mon coeur et qui n’aurait jamais pu se faire sans vous. Vous pouvez m’en croire : c’est là une parole sincère est vraie. Dans la vie des élus de Dieu, il n’y a pas de sanctification possible sans l’oeuvre purificatrice d’un véritable ennemi. En effet, lorsque quelqu’un d’amer et de méchant fait tout son possible pour détruire ma personne ainsi que l’oeuvre que je fais pour le Seigneur, je suis travaillé en profondeur et toutes les attitudes mauvaises qui restent latentes en moi viennent à la lumière. Lorsqu’un ami fait l’éloge de mes vertus je ne ressens pour lui que de l’amour ; mais lorsque que j’apprends qu’un ennemi m’a injustement couvert de honte je m’empresse de me défendre moi-même, rempli de « sainte indignation » pour confondre cet adversaire. C’est alors que le précieux Saint Esprit fait son oeuvre et me révèle l’iniquité de mon propre coeur. Je découvre alors en moi des choses dont j’ignorais l’existence. Dans la repentance, le coeur brisé, je crie vers le seigneur qui me délivre alors de ce que j’ai découvert dans ma propre vie. Il s’agissait d’un mal caché, latent, jusqu’à ce que tu viennes, mon ennemi, mon bien-aimé, pour le mettre à la lumière en amenant à la croix… Mes amis (je peux bien vous donner ce nom, car en réalité je n’ai pas d’ennemis de chair et de sang), c’est souvent que vous m’avez blessé. Mais à cause de ces épreuves, je suis devenu meilleur chrétien et j’ai pu avancer sur le chemin de la victoire. Je ne crois pas que vous recevrez de récompense pour vos mensonges et pour les tentatives que vous avez faites pour me détruire, mais je veux que vous sachiez : même si votre perte devait être grande au jour du jugement, je vous aime et j’apprécie ce ministère de purification qui a été le vôtre à mon égard ». Ainsi donc, une souffrance relationnelle a été à l’origine d’une oeuvre de grâce qui s’est opérée, car cette souffrance a fait remonter à la surface certains comportements cachés, ceci chez la victime, la poussant à la repentance qui elle-même ouvre toujours le chemin aux changements opérés en nous par le Saint Esprit. Nous aimons le confort de relations où nous sommes aimés et où nous pouvons  aimer en retour ; mais ce faisant dit Jésus, nous n’accomplissons rien d’extraordinaire. Que viennent les circonstances, ou le prochain et voilà que les dispositions profondes de notre coeur sont dévoilées et nous savons qui nous sommes vraiment. La plupart des circonstances qui dévoilent les dispositions de notre coeur sont désagréables. « Il ou elle m’a provoqué » dira-t-on. Mais il n’a pu provoquer que ce qui existe ; il n’a rien créé par son mensonge ou sa calomnie. Comprenons-nous mieux le sens de ces paroles de l’apôtre Paul en rapport avec nos souffrances relationnelles : « ne te laisse pas  vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien ». Toutes les attitudes rapidement citées au début de cette prédication sont des défaites : le mal nous a vaincu. Mais la vie chrétienne victorieuse est possible, et infiniment souhaitable : elle se réalise par le Saint Esprit qui a toujours un lien direct avec la croix, et c’est bien Lui qui nous permet de  surmonter le mal par le bien.