Conduit par un aveugle, ou dirigé par la Parole?

Pascal COLLET
24 mars 2013

Conduit par un aveugle, ou dirigé par la Parole?

Nous lisons dans l’Évangile selon Matthieu, au chapitre 15, le verset 14.

Aux bons soins de qui remettez-vous votre existence ? Qui influence vos choix ? Il peut s’agir d’une ou de plusieurs personnes, comme de l’opinion générale. Cette personne ou ces personnes voient -elles  clair ? Si nous laissons des personnes aveugles influencer nos vies pour les diriger, Jésus ne laisse aucun doute subsister : nous tomberons tous dans une fosse. Faisons maintenant une deuxième lecture dans le livre des Psaumes, au chapitre 119, le verset 105, puis le verset neuf. Au-delà du jeune homme dont il est question dans ce verset, c’est bien tout être humain qui peut choisir d’être dirigé par la Parole de Dieu, cette Parole qui éclaire la marche, c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’une lumière pour se prélasser, mais pour vivre.

Tout d’abord, selon la chronologie spirituelle, la Parole de Dieu nous dirige en ce qu’elle nous fait faire demi-tour. C’est la conversion biblique, indispensable au salut de tout être humain, et preuve de l’impact de la Bible dans nos coeurs. Avant cela, nous étions, comme l’apôtre Pierre l’écrit, comme des brebis errantes, je dirais comme des aveugles conduits par d’autres aveugles, mais nous sommes retournés vers le pasteur et le gardien de nos âmes (1 Pi 2/25). Et j’ajoute qu’en « retournant », nous nous « détournons », du règne du péché, des idoles, d’une vaine manière de vivre. C’est là que commence une existence dirigée par la Parole de Dieu. Puis, dans la suite logique de ce qui a été initié par le Seigneur, par l’obéissance, ce livre nous dirige effectivement dans l’existence présente vers la gloire à venir. Je souligne bien : par l’obéissance, qui est le trait d’union entre la Parole de Dieu et la direction par la Parole de Dieu. Nous pourrions dire alors que nous avons confié nos vies au « clairvoyant » par excellence : le Seigneur.

Toutefois, comment utiliser la Bible pour qu’elle nous dirige vraiment ? Hélas, des personnes qui se réclament de la Bible l’utilisent tellement mal, que tout en s’en réclamant, on doute qu’elles puissent effectivement être dirigées par elle. Je lisais par exemple quelque chose sur le texte de Luc 10/18. Une personne disait que dans l’hébreu, éclair se disait Barak et ciel se disait bama ; on ajoutait on ne sait trop pourquoi une conjonction : o, ce qui donnait le verset suivant : je voyais Satan tomber comme Barak Obama. Quelqu’un d’autre a rectifié, en disant que Barak signifiait bénédiction, et que bama signifiait haut lieu. On peut donc trafiquer d’une manière ou d’une autre avec les écrits bibliques, en usant d’approximations ou de spéculation. La première personne était convaincue que l’antichrist n’était autre que Barak Obama. Elle pensait donc être clairvoyante en appelant à sa rescousse mais d’une façon qui n’était pas juste l’hébreu. Tout cela serait risible si ce n’était pas grave.

Autre exemple : un ministère international propose sur son site Internet une parole prophétique pour l’année 2013. Il demande aux internautes de choisir un nombre de un à 249, puis de cliquer sur le numéro de page du nombre choisi afin de recevoir la parole de Dieu pour lui. Des exemples de ce genre ne sont pas rares hélas, dans le peuple qui se réclame de Dieu. Le texte biblique devient alors un prétexte pour l’expression de pensées personnelles qui évidemment, ne seront jamais présentées comme tel, mais seront revêtus de l’autorité de la « révélation ». Pierre mettait ses lecteurs et auditeurs en garde contre des personnes ignorantes et mal affermies qui tordaient le sens des Ecritures pour leur propre ruine (2 Pi 3/16). C’est donc bien qu’il y a un sens aux Ecritures, une signification, et c’est cela qui nous importe. Pour reprendre l’expression de Paul aux Romains : « que dit l’Ecriture » ? Quel est le message, quel est le sens ? Il ne s’agit pas de se saisir d’un mot ou d’un texte et d’en faire un usage personnel, mais de comprendre ce que Dieu a voulu dire au travers de Ses mots. L’ignorance biblique, le manque d’affermissement expliquent le succès de tant d’hérésies. Cette ignorance est elle-même le fruit d’un manque de soif, d’intérêt, de discipline. Evidemment, si nous passons notre temps libre devant les écrans au lieu de le passer devant la Bible, nous grossissons les rangs des personnes ignorantes et mal affermies.

« Désirez comme des enfants nouveau-nés le lait spirituel et pur, ou le lait  de la Parole ». Savons-nous sans l’ombre d’un doute quand nos bébés ont faim ? Bien sûr, cela s’entend. C’est l’exemple placé par le Saint Esprit quant au désir qui doit animer les chrétiens du lait de la parole. « J’ai recueilli Tes paroles et je les ai dévorées ». Voilà un solide appétit pour la vraie Parole, pas une parole ‘light », pétrie de management, de psychologie, de communication, mais le saint conseil de Dieu.

Ce n’est donc pas voir clair que de se réclamer de la Bible en l’utilisant d’une aussi mauvaise manière. J’ajouterai que la Bible n’est pas un talisman, qu’elle n’est pas l’équivalent dans le monde chrétien de la boule de cristal ou du tarot des sans-Dieu. Il faudrait peut-être aussi mentionner dans le même ordre d’idées, ce que nous faisons de nos rêves. Nous rêvons tous, même si nous ne nous souvenons pas toujours de tous nos rêves. Le problème est que quelquefois nous recherchons des présages dans une activité cérébrale nocturne normale ; ou bien nous revêtons ces rêves d’une signification, d’une direction divine. J’ai trop de respect pour la direction divine, y compris au travers de songe ou de vision, pour ne pas voir tout le ridicule qu’il peut y avoir à vouloir à tout prix trouver une interprétation à nos rêves. Lisez avec moi dans le livre du prophète Ézéchiel, au chapitre 13, les versets deux à six. Sur des prophètes qui à l’époque devaient être comme des sentinelles voyant loin et clair, Dieu dit : « ils ne voient rien ». Pourquoi ? Ils prophétisent selon leur coeur, ils  suivent leur propre esprit. Occupés par leurs propres plans et leur propre pensée, ils écoutent leur coeur puis recouvrent sa voix de l’autorité divine. C’est comme si nous avions une boussole infaillible certes, mais dont l’aiguille serait subrepticement et malicieusement orientée par l’aimant de nos désirs ou de notre propre volonté.

À ce titre, j’aimerais partager avec vous une interrogation : sur beaucoup de ce qui est présenté aujourd’hui comme dirigé par Dieu, il apparaît qu’il y a si peu de l’esprit de la croix. Des personnes affirment être dirigées par Dieu, mais nous remarquons qu’elles sont dirigées vers ce qu’elles aiment et vers ce qu’elles recherchent. Est-ce à dire que la direction de Dieu serait toujours désagréable ? Loin de là ! Mais un principe spirituel a été posé par Jésus : renoncer à soi-même. En son temps, Jérémie remarquait combien l’être humain sait être habile pour chercher ce qu’il aime (2/33). N’est-ce pas quelquefois de cela dont il est question, l’habileté consistant ici à dire : c’est Dieu, alors que ce serait nous ? Le Saint Esprit rend témoignage à la croix, et conduit le chrétien dans le chemin où son Maître a marché. Je relisais rapidement la direction divine dans le ministère de l’apôtre Paul, et je remarque que Paul a rarement été conduit par le Saint Esprit dans ce qui lui était agréable. Il doit y avoir dans nos vies une loyauté vis-à-vis de l’esprit de la croix.

Aveugle conduit par d’autres aveugles ? Ou disciples sainement dirigés par la Parole de Dieu ? À nous de voir…